Présentation
Le projet AnarBib
Un logiciel libre de gestion de bibliothèques, fait par et pour les bibliothèques militantes anarchistes.
Ce que nous faisons
AnarBib est un système intégré de gestion de bibliothèques (SIGB) — autrement dit, le logiciel qui permet à une bibliothèque d'organiser son fonds, de cataloguer ses documents, de gérer les emprunts, d'accueillir des lecteur·rices, de coopérer avec d'autres bibliothèques. Ce que les SIGB du marché coûtent cher à faire, surveillent en silence et imposent dans des termes étrangers à nos pratiques, AnarBib le fait gratuitement, ouvertement, et avec nos catégories à nous.
Le projet est utilisé aujourd'hui par un petit cercle de bibliothèques pilotes, principalement au Brésil et en France. Il a vocation à s'élargir au fil du temps à d'autres bibliothèques anarchistes du monde, par adhésions successives au réseau.
D'où ça vient
AnarBib est né d'un constat partagé : aucun outil existant ne convient vraiment aux bibliothèques militantes. Les SIGB propriétaires (Koha hosted, BiblioCommons, Ex Libris) sont conçus pour des institutions financées, avec des budgets, des contrats de support, des logiques d'audit. Ils décrivent mal nos fonds — un tract auto-édité, un zine, une brochure de campagne, un dossier d'archives militantes ne rentrent pas dans les cases prévues. Ils traitent les lecteur·rices comme des données à exploiter. Ils enferment les notices dans des silos propriétaires. Et leur logique économique est en contradiction directe avec les valeurs anarchistes : paiement, abonnement, dépendance commerciale.
Les SIGB libres existants (Koha self-hosted, PMB) sont mieux du point de vue éthique, mais conçus pour des bibliothèques universitaires ou municipales. Ils sont lourds à installer, complexes à paramétrer, et leur modèle documentaire n'est pas le nôtre.
AnarBib comble cet espace : un logiciel libre, gratuit, multilingue, conçu depuis nos pratiques, pour nos fonds, à notre échelle.
Ce qui le distingue politiquement
AnarBib n'est pas seulement un outil technique. C'est un parti pris à plusieurs niveaux.
Souveraineté locale. Chaque bibliothèque adhérente reste pleinement maîtresse de son fonds, de ses règles, de ses lecteur·rices, de son identité visuelle. Aucune coordination centrale ne peut imposer un choix interne. Cela diffère radicalement des SIGB hébergés où l'opérateur dicte les règles techniques et limite l'autonomie des bibliothèques.
Coopération horizontale. Les bibliothèques du réseau s'échangent des notices bibliographiques, des prêts, des compétences. Cela démultiplie le travail de chacune sans hiérarchie. Une notice cataloguée à Belém est immédiatement réutilisable à Dunkerque, et inversement. Les coordinateur·rices du réseau sont des compas, pas des autorités.
Refus de la marchandisation des données. Aucune statistique de comportement de lecture n'est collectée. Pas de moteur de recommandation algorithmique. Pas de revente de données. Les informations des lecteur·rices restent dans leur bibliothèque, sont supprimables sur demande, et ne sortent jamais du réseau.
Gratuité réelle. Pas d'abonnement, pas de version premium, pas de fonctionnalité retenue pour les payants. Le code est sous licence libre, lisible et modifiable par toute personne qui en aurait l'envie ou la compétence.
Multilinguisme assumé. Le projet est porté en portugais brésilien d'abord, puis traduit. Le français, le castillan, l'anglais, l'italien, l'allemand, le catalan et l'esperanto sont disponibles. D'autres langues (basque, allemand suisse, polonais, turc…) peuvent être ajoutées à la demande, par des traducteur·rices bénévoles. Aucune langue n'a la primauté technique sur les autres.
Ce qu'il fait concrètement
Côté lecteur·rice, AnarBib offre :
- une recherche dans le catalogue d'une bibliothèque ou de plusieurs, sans avoir besoin de compte ;
- la possibilité de réserver un emprunt, demander une consultation sur place, suivre ses prêts en cours, renouveler, gérer une liste d'envies ;
- un compte personnel hébergé chez la bibliothèque locale, avec ses règles à elle (durées de prêt, modalités de retrait), pas dans une plateforme centralisée.
Côté bibliothécaire, AnarBib propose :
- un tableau de bord qui génère le travail du jour (réservations à traiter, retours prévus, retards, retraits planifiés) ;
- une interface de catalogage à double niveau — mode simple par défaut, mode complet pour les expert·es — adaptée aux fonds militants (livres, brochures, périodiques, tracts, audio, audiovisuel, ressources numériques, dossiers, zines, archives) ;
- la gestion de la circulation (emprunts, retours, renouvellements, restrictions de comptes) ;
- l'impression d'étiquettes de cote, le suivi de l'inventaire, les communications par e-mail aux lecteur·rices ;
- l'identité visuelle paramétrable de chaque bibliothèque (couleurs, polices, images, message d'accueil) sans toucher au code.
Côté réseau, et progressivement :
- partage des notices bibliographiques produites localement, pour que les autres bibliothèques puissent les réutiliser ;
- imports depuis d'autres bibliothèques libertaires, archives, éditeurs partenaires (en cours d'ouverture) ;
- prêts inter-bibliothèques temporaires et échanges définitifs de documents en excédent (en préparation).
Comment c'est fait techniquement
AnarBib est une application web. Le frontend est en React (avec Vite). Le backend repose sur Supabase, une plateforme libre construite au-dessus de PostgreSQL, qui fournit la base de données, l'authentification, le stockage de fichiers et les fonctions Edge. Le code source est public sur Codeberg, sous licence libre.
L'application est servie depuis Codeberg Pages — une infrastructure militante, à but non lucratif. Le site lui-même que vous lisez est hébergé là aussi. Pas d'AWS, pas d'analytics, pas de tracker. Une seule exception assumée à cette doctrine d'auto-hébergement : la page de connexion utilise Cloudflare Turnstile, une protection anti-bruteforce qui s'active uniquement à ce point d'entrée et ne traque pas la navigation. Le reste du parcours n'a aucune dépendance Cloudflare.
Pour les bibliothèques qui veulent rejoindre le réseau, deux formules sont possibles : une instance hébergée par le réseau (recommandée pour démarrer, sans compétence technique requise) ou une installation autonome sur l'infrastructure de la bibliothèque (pour les compas techniquement outillé·es).
L'outil et le travail
AnarBib ne remplace pas le travail des bibliothèques. Il l'outille.
Une bibliothèque militante anarchiste vit par le travail patient et politique de ses camarades : choisir ce qui entre dans le fonds, lire les ouvrages avant de les cataloguer, comprendre ce qu'on décrit, accueillir les lecteur·rices avec le temps qu'il faut, faire vivre un lieu, débattre des choix d'acquisition, transmettre la mémoire militante de génération en génération. Aucun logiciel ne fait ça à votre place.
Le catalogage en particulier est le cœur du métier. Décider qu'un ouvrage est un livre plutôt qu'une brochure, attribuer une autorité personne plutôt qu'une autorité collectivité, choisir les matières qui décriront un fonds, hiérarchiser des descriptions — ce sont des actes politiques et bibliothéconomiques qui exigent du temps, de la lecture, de la compétence, et un dialogue collectif au sein de chaque bibliothèque.
AnarBib facilite ce travail : interface adaptée, formulaires pensés pour les fonds militants, partage des notices entre bibliothèques pour ne pas refaire ce qui est déjà fait ailleurs. Mais le travail de fond reste local, militant, et lent. Une bibliothèque qui ne veut pas faire ce travail n'a pas besoin d'AnarBib — elle a besoin de remettre au centre la question politique de ce que catalogue veut dire.
Comment c'est gouverné
AnarBib n'a pas d'organe central. Il n'y a pas d'association formelle, pas de bureau, pas de conseil d'administration. Le projet vit par deux ensembles complémentaires : les textes communs qui posent le cadre, et les cercles humains qui font tourner le projet au quotidien.
Les textes communs
Deux textes courts suffisent au cadre :
- la charte minimale que chaque bibliothèque adhérente reconnaît à son entrée — dix articles courts qui posent les principes communs ;
- les pratiques d'accueil qui décrivent comment le réseau accueille concrètement une nouvelle bibliothèque candidate.
Ces deux textes sont versionnés publiquement et évoluent par discussion, sans qu'aucune autorité ne les impose unilatéralement.
Les quatre cercles humains
Quatre cercles font vivre le projet, distincts mais reliés.
Les bibliothèques adhérentes. Elles font tourner leur fonds au quotidien, accueillent leurs lecteur·rices, cataloguent leurs documents, accueillent par consentement les nouvelles candidates. C'est le cœur opérationnel du réseau.
Les lecteur·rices. Rattaché·es à une bibliothèque adhérente, elles et ils empruntent, consultent sur place, réservent, suivent leurs prêts. Ce sont les destinataires premières du travail des bibliothèques.
Les compas mainteneur·euses du projet. Elles et ils font évoluer le code, la documentation, les traductions, l'infrastructure technique. Le travail se fait par discussion et consentement entre compas, sans hiérarchie formelle. Les marraines qui accompagnent chaque nouvelle bibliothèque candidate à l'adhésion sont une déclinaison spécifique de ce cercle.
L'Atelier autorités. Un quatrième cercle, plus dispersé : celui des compas qui ne sont rattaché·es à aucune bibliothèque mais qui contribuent au soin de la mémoire libertaire en travaillant la couche bibliographique partagée du réseau (autorités personnes, collectivités, matières). C'est un chantier ouvert aux compas isolé·es, en cours de mise en place.
Ces quatre cercles ne sont pas hiérarchisés. Ils ont des temporalités différentes, des compétences différentes, des engagements différents. Le projet ne tient que parce qu'ils existent ensemble.