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L'Atelier autorités

Un chantier collectif de soin documentaire, ouvert aux compas qui veulent contribuer à AnarBib sans être rattaché·es à une bibliothèque adhérente.

Pourquoi un atelier

AnarBib s'adresse à plusieurs publics. Les bibliothèques adhérentes, qui font tourner leur fonds au quotidien. Les lecteur·rices, qui empruntent et consultent. Les compas qui développent le code, traduisent les interfaces, relisent la documentation.

Mais il existe un quatrième cercle, plus dispersé : celui des compas qui sont attaché·es à la mémoire libertaire — par leurs lectures, par leur engagement militant, par leurs travaux de recherche, par leur curiosité — sans être rattaché·es à une bibliothèque collective. Ce cercle-là a longtemps été mal accueilli par les outils documentaires institutionnels : trop spécialisé·es pour la lecture publique, pas assez universitaires pour les bibliothèques de recherche, pas assez relié·es à un fonds physique pour les bibliothèques militantes elles-mêmes.

L'Atelier autorités propose à ces compas une place dans le réseau : contribuer au soin de la mémoire libertaire en travaillant la couche bibliographique partagée — ce qu'en jargon documentaire on appelle les autorités.

Ce qu'on appelle les autorités

Dans une bibliothèque, chaque livre, brochure, périodique, tract, zine, ressource sonore, audiovisuelle ou numérique fait l'objet d'une notice. La notice décrit l'objet : titre, date d'édition, lieu, etc.

Pour que plusieurs notices puissent renvoyer cohéremment à la même chose — la même personne, la même collectivité, le même sujet — on construit à côté ce qu'on appelle des fiches d'autorité. Une fiche d'autorité, c'est la description précise et stabilisée d'une personne (Errico Malatesta, Voltairine de Cleyre, He Zhen), d'une collectivité (la Fédération jurassienne, le journal Mother Earth, l'Athénée libertaire de Bordeaux), ou d'un concept matière (le mutualisme, l'antimilitarisme, la grève générale).

Quand un livre de Malatesta est catalogué, sa notice ne contient pas une chaîne de caractères « Errico Malatesta » saisie à la main par la bibliothécaire ; elle contient un lien vers la fiche d'autorité « Malatesta, Errico (1853-1932) ». Ce lien permet à toutes les notices qui mentionnent Malatesta — de la BLMF de Belém au CIRA de Lausanne, du fonds privé d'un compa au catalogue d'une revue militante — de pointer vers la même autorité, et donc d'être interrogeables ensemble.

Le travail des autorités, c'est de la précision. C'est aussi un acte politique discret : les SIGB institutionnels ont historiquement mal documenté les compas du mouvement libertaire — dates fausses, pseudonymes mélangés, attributions erronées, omissions pures et simples des camarades qui n'avaient pas accès à l'imprimerie. Faire des autorités libertaires correctes, c'est rendre justice à des compas du passé que l'historiographie officielle a souvent escamoté·es.

Quel travail, concrètement

Une fois l'atelier ouvert, voici les types de tâches qu'un·e contributeur·rice pourra prendre, à son rythme.

Créer des fiches d'autorité manquantes. Quand le réseau a beaucoup de notices qui mentionnent une compa du passé sans qu'aucune fiche ne lui soit dédiée, l'atelier en propose une : nom de référence, dates, pseudonymes connus, biographie courte sourcée, liens vers Wikidata / VIAF / autres référentiels.

Enrichir des fiches existantes. Une fiche peut exister mais être lacunaire : dates manquantes, pas de bibliographie d'œuvres, pas de biographie multilingue, sources non documentées. Tout est améliorable.

Fusionner ou désambiguïser. Deux fiches qui décrivent la même personne (doublons) doivent être fusionnées. Une fiche qui regroupe par erreur deux personnes différentes doit être dédoublée. Ce travail-là demande une attention particulière.

Sourcer. Une affirmation portée dans une fiche (« né le 14 décembre 1853 à Santa Maria Capua Vetere ») doit être appuyée sur une source vérifiable. L'atelier veille à ce que chaque affirmation soit traçable.

Traduire. Les biographies courtes des autorités peuvent exister en plusieurs langues. Un·e compa qui parle deux langues peut traduire une fiche d'une langue vers une autre.

Et au-delà des autorités personnes, l'atelier travaillera aussi les autorités collectivité (groupes, journaux, éditions, fédérations) et les autorités matière (concepts, mouvements, événements). C'est un chantier vaste qui dépasse de loin les forces d'une bibliothèque seule, et qui justifie la mise en commun.

Comment ça fonctionnera

Propositions plutôt qu'édition directe

L'atelier ne donne pas accès à l'édition directe de la base d'autorités du réseau. À la place, le ou la contributeur·rice propose une création, une modification, une fusion. Une bibliothèque adhérente du réseau (ou la coordination de l'atelier) examine la proposition et la valide. C'est un peu plus lent, mais ça évite les dérives, ça permet aux compas inexpérimenté·es de contribuer sans risque, et ça maintient un dialogue documentaire entre l'atelier et les bibliothèques utilisatrices.

Un compte de contributeur·rice

Pour rejoindre l'atelier, on crée un compte sur AnarBib qui n'est pas rattaché à une bibliothèque adhérente — c'est un compte du réseau global, dédié à la contribution. Ce compte donne accès aux files de tâches de l'atelier, à un tableau de bord personnel, et à un journal des contributions validées.

Un tableau de bord des tâches

Plutôt que demander aux compas de chercher quoi faire, l'atelier propose des tâches : autorités à créer, fiches à enrichir, doublons à examiner, traductions à faire. Chacun·e prend ce qui l'intéresse, à son rythme, sans engagement.

De l'apprentissage par la pratique

Travailler les autorités, ça s'apprend. Quand créer une autorité personne plutôt qu'une autorité collectivité ? Comment gérer les pseudonymes ? Comment sourcer une date contestée ? L'atelier disposera d'une mini-documentation et d'exemples typiques, mais aussi — et surtout — d'un dialogue continu avec les bibliothécaires des bibliothèques adhérentes, qui sont les destinataires premières du travail. C'est cet aller-retour qui forme.

Une gouvernance horizontale des cas litigieux

Quand deux compas sont en désaccord sur une autorité — faut-il créer une fiche pour cette personne ? quel est son nom de référence ? cette information est-elle suffisamment sourcée ? — la décision passe par discussion entre compas concerné·es et bibliothèques utilisatrices, avec consentement comme principe. Pas de vote, pas d'autorité hiérarchique tranchant à la place du collectif.

L'esprit

L'image qui guide ce chantier est celle des horlogers de la Fédération jurassienne à la fin du XIXᵉ siècle. Des compas dispersé·es dans des vallées suisses, qui travaillaient seul·es ou par petits groupes, mais qui se reliaient en fédération sans hiérarchie. C'est dans cet écosystème que Kropotkine, en 1872, a trouvé le décentrement définitif qui l'a fait basculer dans l'anarchisme.

L'Atelier autorités voudrait fonctionner ainsi : chacun·e à son établi, dans son vallon, sur sa fiche, mais relié·e aux autres par un réseau souple, sans patron, sans hiérarchie, avec le souci commun d'un travail bien fait au service d'une mémoire collective.

État du chantier

L'Atelier autorités est, à cette heure, une annonce d'intention et non une fonctionnalité ouverte. Le module technique nécessaire (interface contributeur, file de propositions, tableau de bord, gouvernance des litiges) sera développé dans la phase suivante du projet, après stabilisation du module de catalogage qui est en consolidation actuellement (voir l'état d'avancement).

Cette page existe pour annoncer l'orientation, recueillir les avis et les intérêts, et permettre aux compas qui se reconnaîtraient dans cette démarche de se faire connaître dès maintenant — pour pouvoir les contacter quand l'atelier sera effectivement opérationnel.

Vous êtes intéressé·e ?

Écrivez à contato@anarbib.org avec pour objet « Atelier autorités ». Dites-nous brièvement ce qui vous intéresse, vos langues, vos domaines de prédilection s'il y en a (figures historiques, courants spécifiques, géographies, périodes). Nous tenons une liste informelle des compas qui se sont fait connaître, que nous reprendrons quand l'atelier ouvrira concrètement.

Aucun engagement, aucune compétence technique requise pour faire savoir votre intérêt. La compétence demandée à terme sera celle de la lecture attentive, du sens du collectif, et de la patience documentaire — pas celle du code ni de l'informatique.

Pour discuter en direct sans prendre d'engagement, le salon Matrix du projet est ouvert : #anarbib:matrix.org.